On parle beaucoup de l’Intelligence Artificielle à travers le prisme de la magie générative ou d’une facilité trompeuse, occultant une réalité rappelée par une récente étude du MIT : 95 % des projets pilotes en entreprise ne parviennent jamais à générer de la valeur réelle – MIT : The GenAI Divide, 2025. Mais lorsqu’on écarte le bruit médiatique pour se concentrer sur la pratique quotidienne au sein d’une agence d’architecture comme Arte Charpentier, nous constatons un phénomène bien plus profond que l’ajout d’une nouvelle couche technologique à nos outils existants.
Ce que nous vivons n’est pas l’arrivée d’un nouvel outil logiciel de plus. C’est un changement de paradigme.
Pendant des décennies, le contrat tacite entre l’homme et la machine était clair : c’était à l’humain d’apprendre le langage de la machine. Nous devions nous plier à la logique rigide des logiciels, mémoriser des menus et des processus définis. Aujourd’hui, nous assistons à une inversion spectaculaire de cette logique : pour la première fois, c’est l’outil qui s’adapte à notre langage, à notre contexte et à notre besoin immédiat.
Cette inversion se matérialise par les trois transformations majeures que cela provoque dans notre métier.
De l’apprentissage « Juste au cas où » à l’apprentissage « Juste à temps »
La première barrière qui tombe est celle de la complexité technique. Auparavant, un jeune architecte devait passer des semaines à se former sur des logiciels complexes, apprenant souvent des fonctionnalités dont il ne se servirait peut-être jamais, « juste au cas où ».
Avec l’IA conversationnelle et l’assistance technique immédiate, la courbe d’apprentissage change radicalement. L’utilisateur peut désormais dialoguer avec la documentation technique. Il pose une question en langage naturel (« Comment réaliser une façade incurvée avec telle contrainte ? ») et obtient une réponse sur mesure.

Cela ne signifie pas la fin de l’expertise, bien au contraire. Cela transforme la frustration en moteur. Le concepteur devient opérationnel quasi instantanément sur des tâches simples. Lorsqu’il rencontre un « mur » ou un cas complexe, ce n’est plus un échec, mais le déclencheur pour creuser les fondamentaux. On apprend désormais par nécessité et par curiosité, « juste à temps », ce qui rend l’acquisition de compétences beaucoup plus ancrée et durable.
L’émancipation des outils : la fin de la dépendance logicielle
C’est peut-être le point le plus stratégique pour une entreprise comme Arte Charpentier. Jusqu’ici, nous étions souvent prisonniers des limites de nos logiciels standards (Revit, suites bureautiques, etc). Si une fonctionnalité manquait, nous avions deux choix : attendre une mise à jour de l’éditeur ou acheter un plugin coûteux et souvent surdimensionné. L’IA nous redonne le choix. Elle permet à nos équipes de devenir des architectes de leur propre environnement numérique.
Là où le développement d’outils internes était autrefois chronophage, l’IA agit aujourd’hui comme un levier de productivité majeur pour les profils techniques. Elle nous permet de concevoir et de déployer, en quelques jours seulement, des solutions d’automatisation à fort retour sur investissement qui auraient auparavant nécessité des semaines de développement.
Nous passons du statut de simple utilisateur à celui de créateur de nos propres outils. Cela nous permet de :
-
Créer des solutions sur mesure qui répondent à 100% de nos besoins spécifiques.
-
Mieux juger les solutions du marché (le « Make or Buy ») car nous comprenons mieux la complexité technique sous-jacente.
-
Ne plus subir les « trous dans la raquette » de nos logiciels métiers.
Vers une organisation « Data-Centric » : le cerveau commun
Cette maîtrise technique nous mène vers l’enjeu ultime : la libération de la donnée.
Le modèle traditionnel de l’entreprise est constitué de silos applicatifs : les données clients sont dans un CRM, les données financières dans un ERP, les données projets dans un autre outil. Notre savoir est fragmenté, et nous sommes locataires de nos propres informations, obligés de passer par des interfaces tierces pour y accéder. L’IA et la capacité de créer nos propres connecteurs (nos propres « agents ») nous permettent d’imaginer une architecture où la donnée redevient le centre.
L’objectif est de tendre vers une « source de vérité » unique. Au lieu de multiplier les applications, nous pouvons imaginer des interfaces personnalisées pour chaque métier qui viennent toutes puiser dans ce cerveau commun.
-
L’architecte vérifie l’impact carbone d’un matériau en temps réel.
-
Le chef de projet voit les alertes budgétaires instantanément.
-
La direction pilote la performance globale de l’agence.
Chez Arte Charpentier, nous ne voyons pas l’IA comme une fin en soi, mais comme un formidable levier d’autonomie. Elle ne remplace pas l’architecte ; elle supprime la friction entre son idée et sa réalisation.
En passant de la contrainte de l’outil à la maîtrise de la donnée, nous ne faisons pas que « faire du digital » : nous redonnons du temps et de la puissance à ce qui compte vraiment, notre créativité et notre expertise métier.
-

Francis Baucher Architecture
Responsable digital et IA
FORMATION
Architecte HMONP – ENSA Paris (2019)
Diplôme d’Etat d’Architecte – ENSA Paris (2018)PUBLICATIONS
Arte IA – Les Chroniques – Innovation et adaptation technologiques (2025)
Batiweb – Que pensent les architectes de la transition numérique ? (2024)
Arte IA – Les Chroniques – Architectes ou algo’ : qui façonnent l’avenir ? (2024)
Laboratoire EVCAU – Travaux R&D sur la réalité virtuelle/augmentée et la photogrammétrie appliquées aux domaines de l’architecture (2017/2018)CONFERENCES
Alumni – Parcours d’architecte en tant que BIM & Digital coordinateur (2024)
Erasmus+ « Patrimoines – Paysages – Perspectives » – Les nouvelles technologies comme moyens de conception architecturale (2015/2016)PRIX
3ème prix – Algeco – Agro’Cité : Un lieu unique d’agriculture urbaine (2021)

