Penser les formes urbaines

Entre urbanité et mobilité, lequel a le plus influencé sur l’autre ?

Il faudrait une vision qui intègre les deux et ne les sépare pas. La politique française des transports a été sectorisée par des spécialistes de chaque mode, chacun raisonnant de manière autonome avec ses particularités. Prenez Le Havre, il n’y a pas longtemps qu’il y a des trains de marchandises assurant la liaison entre le port et Paris. Pour se rendre à Roissy ou à Orly, il n’y avait à l’origine ni métro ni RER… D’où une réflexion sur l’intermodalité absolument nécessaire, une synthèse entre les modes qui est l’intégration.

En quoi la ville durable peut-elle favoriser l’articulation urbanisme-transports ?

La ville durable est un concept de ville globale, au sens où elle intègre toutes les composantes physiques et spatiales : voies, transports, espaces publics, bâti… Le contre-exemple, ce sont les villes nouvelles des années 60/70, où les gens se sont dispersés tout autour, loin des pôles de services. Aujourd’hui on ne peut plus concevoir une ville sans la globalité des approches. Un exemple avec Hong Kong : une ligne de métro qui rejoint le centre-ville, ce sont trois stations, et trois villes qui se sont greffées autour.

Pour moi, Paris intra-muros est le modèle idéal de la ville durable : sur le plan de l’énergie, de l’économie des ressources, des transports, de mixité des fonctions, nulle part au monde il n’existe de ville aussi parfaite. C’est aussi une des densité les plus forte de la planète, avec 200 habitants/ha. Mais la banlieue a paralysé son extension, contraint le réseau de transport exceptionnel en deçà du périphérique, or une maison individuelle ne fait ni l’urbanisme, ni la ville.

Dans le cadre de la réflexion que avons menée sur le Grand Paris, le plan de transports a été lancé en préalable. Ce qui ressort, ce sont de nouvelles lignes de métro pour permettre un redéploiement de la métropole, connecter les pôles mal desservis et ouvrir de nouveaux territoires bien desservis à l’urbanisation.


Quelles seraient les pistes à explorer pour la ville du futur ?

Une intégration de plus en plus forte. Et, en ce qui concerne l’énergie, ne pas oublier que la première source de gain est de moins consommer. Pour repenser l’économie des déplacements, utilisons les modes au moments judicieux. La mobilité n’est pas de réfléchir à la ville en mouvement partout, tout le temps, mais de canaliser l’occupation des territoires de manière plus directive. La France possède des villes denses, une grande qualité de territoires contrariées par l’étalement urbain. Aujourd’hui, on pense à remettre les centre commerciaux en ville, au lieu de ces gigantesques parkings catastrophiques pour l’environnement, la qualité de l’espace, l’urbanité…

En résumé, la ville du futur doit être repensée autour
des modes de transport collectif, elle doit être dense, mixte, intégrée,
et accueillir une part de nature parce que l’on sait faire et que l’on en connaît l’importance.

Pierre Clément, Arte Charpentier Architectes